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Tout savoir sur le Castor d'Europe
Un retour porteur d'espoir
Dans un contexte d’érosion mondiale de la biodiversité, le retour du Castor d’Europe (Castor fiber) sur le territoire national comme sur celui de la MEL (Métropole Européenne de Lille) est porteur d’espoir.
Occupant autrefois un territoire s'étendant de l’Europe à l’Asie, le Castor d’Europe fut traqué pendant longtemps par l’homme pour sa viande, sa fourrure et son castoréum (sécrétion huileuse et odorante déposée par les castors pour marquer leur territoire). Au début du XXe siècle, en France, il ne subsistait que quelques dizaines d’individus dans le delta du Rhône.
Grâce aux naturalistes et aux scientifiques, une alerte fut lancée pour préserver ce mammifère pour éviter qu’il ne disparaisse de France, d’Europe et du monde. En France, des mesures de protection ont d’abord été instaurées dans quelques départements (le Gard, le Vaucluse, les Bouches du Rhône en 1909 et la Drôme en 1922), puis au niveau national en 1968, faisant du Castor d’Europe, le premier mammifère protégé en France.
À l’heure actuelle, en France, le Castor d’Europe est une espèce patrimoniale et protégée par la loi. Par conséquent, il est interdit de le détruire, capturer, transporter ou perturber. De même, il est interdit de le détenir ou encore de faire le commerce de l’animal ou d’une partie de l’animal. Son habitat est lui aussi protégé, il est donc interdit de dégrader tout milieu de vie qui lui est nécessaire comme les huttes, terriers, barrages, ou ses zones d’alimentation.
Grâce aux mesures mises en place, le Castor d’Europe a pu petit à petit recoloniser ses anciens territoires.
Dans les Hauts de France, alors que l’espèce avait disparu vers le XVIIe siècle, celui-ci est réapparu 4 siècles plus tard en 2007 dans l’Aisne et en 2019 dans l’Avesnois et sur le territoire de la MEL.
Concernant le territoire de la MEL, un jeune individu a en effet été observé sur le Canal de Roubaix dès 2019. Ce retour s’est fait naturellement via l’Escaut à partir de la population de castor présente en Belgique. En 2023 un couple a pu être observé et ce n’est qu’en 2024 qu’ils ont pu donner naissance à deux castorins, puis deux autres en 2025. Les castorins restent deux années avec les parents avant de partir conquérir un nouveau territoire.
Quelques autres apparitions ont également pu être observées ailleurs sur le territoire de la MEL, comme au Val de Marque, et durant l’hiver de 2025-2026 plusieurs individus se sont montrés sur le Val de Lys et la Basse Deûle dont notamment deux aux Prés du Hem.
Portrait du Castor d'Europe
Le Castor d’Europe est un gros mammifère que l’on peut apercevoir à la tombée de la nuit sur les berges, canaux, rivières et occasionnellement en journée. C’est le plus grand rongeur d’Europe, doté de 20 dents dont 4 puissantes incisives recouvertes d’un émail orange très solide. Cet animal semi-aquatique est très à l’aise dans l’eau mais se déplace aussi sur terre. Ses pattes arrière palmées sont adaptées à la nage et les pattes avant, elles, lui servent à manipuler les branches et fouiller le sol. Le castor est reconnaissable à sa queue aplatie horizontalement qui lui sert à la fois de gouvernail, de propulseur et de régulateur thermique en été, mais aussi de système d’alerte pour avertir les autres individus du groupe de la présence d’un intru ou d’un danger. La queue peut également servir de réserve de graisse pour passer les hivers sévères. Son pelage de coloration allant du brun au roux grisâtre, lui assure une protection thermique et imperméable. Pour sa toilette, il possède sur le deuxième ongle des pattes postérieures, une griffe spéciale de nettoyage, un peu comme un petit peigne qui lui permet de bien répartir l’huile naturelle contenue dans son pelage pour le réimperméabiliser.
Il sécrète une substance huileuse et odorante appelée castoréum qu’il utilise pour marquer son territoire et communiquer avec les autres castors, informant ainsi sur son identité, son âge, sa disponibilité, son état de santé…
Son régime alimentaire
Rongeur strictement végétalien, du printemps à l’été il consomme une grande variété de plantes herbacées, feuilles, écorces, jeunes pousses qu’il trouve dans l’eau ou sur la rive. De l’automne à l’hiver, il consomme beaucoup d’écorce, des rameaux d’arbres de différentes essences (saules, peupliers, noisetiers, merisiers…). Il constitue également en parallèle un garde-manger en stockant des branches sous l’eau qui lui serviront de réserves utiles pour les hivers rigoureux. En revanche, il ne consomme jamais de poissons ni d'autres animaux.
Habitats
Le Castor d’Europe a besoin d’avoir un territoire d’environ 300 mètres à 3 km de rives avec de l’eau douce (courante ou stagnante) de 60-80 cm minimum de profondeur, qui ne gèle pas totalement en hiver et ne s’assèche pas totalement en été. Il ne s’éloigne que rarement à plus de 20-30m de la rive. Le choix de son lieu d’installation va surtout dépendre des ressources alimentaires disponibles.
Un sens prononcé de la famille
Les Castors d’Europe sont territoriaux et vivent en famille qui comporte en moyenne 6 individus : les 2 parents, 2 à 3 jeunes, appelés castorins et 1 à 2 jeunes de l’année précédente (subadultes). Les jeunes restent deux ans au sein de leur famille avant de partir. Ils peuvent alors faire plusieurs dizaines de kilomètres pour trouver un nouveau site où s’établir.
Pourquoi est-ce une bonne nouvelle?
Certes certaines transformations opérées sur le milieu de vie du castor peuvent interpeller, des arbres coupés, laissés en travers de chemins ou cours d’eau, du bois mort flottant…Mais en y regardant de plus près, cela se révèle d’une grande ingéniosité. En abattant des arbres, le castor va laisser passer la lumière et favoriser l’apparition de plantes, arbustes ou encore arbres qui serviront d’abris et de nourriture pour les insectes, oiseaux et autres petits mammifères. Parmi les arbres coupés, les saules, bouleaux et peupliers repoussent très vite, permettant ainsi de constituer une source alimentaire renouvelable pour le castor. De plus, grâce à des coupes faites à différentes périodes, sur le long terme, la végétation présente aux abords des cours d’eau sera plus diversifiées. Le bois mort, lui, servira de source alimentaire pour certains insectes et champignons. Dans l’eau, il sert aussi de refuge pour les poissons ou encore de supports pour les libellules.
Sur certains cours d’eau (non observé encore sur le territoire de la MEL) le castor peut construire des barrages composés de branches, de boues et de pierres. Ses barrages sont créés pour conserver l’entrée de son terrier sous l’eau ou pour étendre son territoire si la nourriture venait à manquer.
Ces barrages sont de petites tailles et sont perméables. Ils permettent de ralentir le flux de l’eau sans pour autant le stopper, favorisent la sédimentation des particules, évitent l’érosion des berges, améliorant ainsi la clarté et la qualité de l’eau. Grâce à ses barrages, des petites zones humides se créent en amont, ce qui favorise une biodiversité plus riche et constitue de véritables puits de carbone.
Comment est pris en compte la présence du Castor sur un site de la MEL?
Avant toute réalisation de travaux d’aménagement sur un site occupé par le Castor d’Europe, une demande doit être faite auprès des services de l'État pour concilier aménagement et préservation de l’espèce.
Pour préserver ce mammifère, les périodes de travaux sont ajustées, des plantations d’essences indigènes d’arbres sont réalisées et des accès aux berges sont créés. Un suivi de l’espèce permet de mieux connaître son territoire, ses habitudes pour pouvoir adapter les futures interventions en conséquence.
Avec le concours de la Maison de l’Eau, de la Pêche et de la Nature, les déchets de pêche (leurres avec hameçons et fil) accrochés dans la végétation sont retirés car ils peuvent blesser voire tuer la faune sauvage.
À la fin de l’hiver et avant que les activités nautiques du canal ne reprennent, les arbres coupés par le castor durant l’hiver et restés en travers du canal sont coupés et légèrement déplacés pour ne pas gêner la navigation des péniches. Lors de la saison estivale, ce rongeur préférera la végétation herbacée aux ligneux.
Par ailleurs, sur certains bords de canal, des chemins sont créés par le passage des promeneurs qui n’ont pas toujours conscience de la vulnérabilité de ces espaces naturels et du dérangement occasionné non seulement pour le Castor d’Europe mais également pour l’ensemble de la faune (Putois d’Europe, Canards, Poule d’eau, Foulques, Hérons, Martin pêcheurs…). Ainsi des clôtures et des plantations seront mises en place pour retrouver la quiétude nécessaire à la vie sauvage.
Des conférences et animations sont proposées chaque année pour faire connaître le Castor d’Europe auprès de différents publics pour concilier fréquentation des sites et préservation de la nature.
Des hommes et des castors : une nécessaire cohabitation
Le Castor d’Europe est un atout pour le territoire. Même si sa présence peut susciter certaines craintes et générer des conflits : retenues d’eau à des endroits non souhaités comme les zones de cultures. Dans le cas de conflit d’usages entre l’homme et le castor, des solutions existent. Le Castor d’Europe étant une espèce protégée, de telles situations peuvent être signalées à la direction Départementale des territoires et de la mer pour obtenir le passage d’un expert, en lien avec l’Office Française de la Biodiversité, pour être conseillé sur des solutions techniques pouvant être mises en place afin de limiter la gêne occasionnée.
Une solution efficace est durable pour cohabiter avec cette espèce est de lui laisser de la place en préservant une dizaine de mètres boisées le long de la rive des cours d’eau. Protéger cette espèce ingénieure-écologue revient à renforcer le territoire face au changement climatique et à restaurer la biodiversité.