biodiversité

Le 28/05/2026

Le Castor d'Europe : un retour porteur d'espoir

Dans un contexte d’érosion mondiale de la biodiversité, le retour du Castor d’Europe (Castor fiber) sur le territoire national, et plus localement sur celui de la MEL, est un véritable signal d'espoir

Autrefois présent sur l’ensemble de l’Europe et de l’Asie, ce grand rongeur a subi un déclin dramatique, traqué durant des siècles pour sa viande, sa fourrure et son castoréum, une sécrétion parfumée très recherchée. Au début du XXè siècle, la situation était critique : il ne subsistait en France que quelques dizaines d’individus, réfugiés dans le delta du Rhône. Grâce à l’alerte lancée par des naturalistes, des mesures de protection ont été instaurées dès 1909, avant que l’espèce ne devienne, en 1968, le tout premier mammifère protégé dans l’Hexagone. Aujourd’hui, il est désormais interdit de le détruire, capturer, transporter ou perturber, ainsi que de porter atteinte à son habitat.

Une lente reconquête 

Aujourd’hui, le Castor d’Europe est une espèce patrimoniale dont l'habitat (huttes, terriers, barrages, aire de nourrissage…) bénéficie de la même protection légale que l’animal lui-même. À partir de la population rhodanienne, la combinaison de ce cadre juridique, d’actions de restauration des cours d’eau, de réintroductions et de sa remarquable capacité naturelle de colonisation, a permis une lente reconquête de ses anciens territoires. 

Dans les Hauts-de France, d’où il avait disparu vers le XVIIe siècle, le castor réapparaît en 2007 dans l’Aisne, puis en 2019, dans le Nord. Sur la MEL, un individu est observé en 2019 sur le canal de Roubaix. Un couple s’y installe en 2023 et donne naissance à deux castorins en 2024, puis deux autres en 2025, formant une famille complète. Ce retour au niveau du Canal de Roubaix s’est fait via l’Escaut à partir de la population de castor présente en Belgique. Ailleurs sur le territoire de la MEL, quelques observations du castor ont pu être faites sur le Val de Marque. Cet hiver 2025-2026 marque une nouvelle étape, avec des apparitions sur la Lys et la Basse Deûle, notamment aux Prés du Hem, site favorable à l’installation d’une nouvelle famille.

Un ingénieur des milieux aquatiques

L’action du castor peut surprendre : arbres coupés, troncs écorcés, bois mort, impression de désordre. En réalité, tout est fait avec une grande ingéniosité. En abattant des arbres comme les saules ou les peupliers, il laisse pénétrer la lumière, favorise la repousse de la végétation et diversifie les habitats pour les insectes, les oiseaux et les petits mammifères. Le bois mort nourrit insectes et champignons, sert d’abri aux poissons et de support aux insectes aquatiques. Ses barrages ralentissent l’eau sans la bloquer, limitent l’érosion, améliorent la qualité de l’eau par sédimentation, créent des zones humides, participent au stockage de carbone et jouent un rôle de rempart naturel face aux inondations et aux sécheresses.
 


Castor d'Europe
Castor d'Europe

Cohabiter avec ce voisin précieux

La cohabitation avec l’homme reste toutefois un enjeu majeur. Le castor est un atout, mais ses aménagements peuvent susciter des conflits locaux (inondations ponctuelles, dégâts sur des cultures ou arbres d’intérêt). Sur les sites de la MEL, sa présence est rigoureusement prise en compte : avant tout chantier, des démarches sont menées pour concilier aménagement et préservation, les périodes d’intervention sont adaptées, des plantations indigènes sont favorisées et un suivi de l’espèce est assuré. Les déchets de pêche (hameçons) dangereux sont retirés, les bois gênants pour la navigation sont déplacés, et des mesures de limitation du dérangement (clôtures, plantations, zones de quiétude) sont mises en œuvre. Une solution durable consiste à lui laisser de l’espace en préservant des zones boisées le long des cours d’eau. À l’heure de l’intelligence artificielle, ne nous privons pas de cette intelligence naturelle qui redonne vie au fil de l’eau.

Cohabiter avec le Castor d'Europe

Portrait d’un grand rongeur familial

Le castor est le plus grand rongeur d’Europe. C’est un animal semi aquatique, surtout actif la nuit, doté de puissantes incisives orange, de pattes postérieures palmées et d’une queue plate multifonction faisant office de gouvernail, de réserve de graisse et de système d’alerte. Son pelage brun, extrêmement dense, assure isolation et imperméabilité, entretenu par une toilette minutieuse grâce à une « griffe de nettoyage » spécifique. Strictement végétalien, il consomme plantes aquatiques, feuilles, écorces et rameaux, et stocke des branches sous l’eau pour l’hiver. Territoriaux, les castors vivent en famille (en moyenne 6 individus) sur un territoire allant de 300 m à 3 km de long et ne s’éloignent généralement pas de plus de  20 à 30 m de la rive, marquant leur territoire grâce au castoréum. Les jeunes restent deux ans au sein du groupe familial pour apprendre les comportements indispensables à leur survie, puis quittent le territoire parental pour tenter leur chance ailleurs.