Oiseaux

Le 09/09/2026

FOCUS ÉCOGARDES – Plumes

Une plume trouvée au détour d’un chemin peut en dire long sur l’oiseau qui l’a perdue. Découvrez avec les écogardes ses secrets et ses multiples fonctions !

Colorée ou discrète, grande ou minuscule, vous avez certainement déjà ramassé une plume lors de vos balades. Mais savez-vous qui l’a perdue ? De quelle partie du corps elle provient ? À quoi servait-elle ? 

Loin d’être de simples ornements, les plumes sont de véritables outils multifonctions. Voler, se protéger, se camoufler, séduire, communiquer… elles jouent de nombreux rôles dans la vie des oiseaux.

Les écogardes vous dévoilent les secrets de ces étonnants indices de présence. 

Une structure au poil ! 

La plume est une structure épidermique morte, composée de kératine comme les ongles et les poils. 

Les barbes, barbules et barbicelles s’entremêlent le long du rachis, implanté dans la peau par le calamus. Le rachis sépare la plume en deux vexilles (interne = large et externe = plus fin).

Il existe 3 types de plumes : 

  • Les plumes de vol, ou pennes, ont les barbes toutes reliées offrant une résistance à l’air. Elles sont directement liées au squelette pour plus de stabilité et de force (rémiges et rectrices). Les vexilles permettent alors de déterminer si la plume provient de la droite ou de la gauche (le vexille interne étant toujours dirigé vers l’oiseau).

  • Les plumes de contour présentent des barbes libres sur tout ou partie de la plume, assurant l’isolation de l’oiseau (contour (ou tectrices), semi-plumes et duvet). Elles sont implantées superficiellement dans la peau.

  • Les plumes sensitives apportent des informations : les vibrisses, autour du bec et les filoplumes réparties un peu partout et renseignant sur l’état du plumage.

Que pour le vol ?

À titre d’exemple, un cygne tuberculé possède environ 25 000 plumes. Une tourterelle turque, environ 4000. 

La plume permet évidemment le vol et la direction en vol. Tous les oiseaux ne pratiquent pas le même type de vol et n’ont pas le même aérodynamisme. Il y a le vol glissé pour les oiseaux pélagiques (ailes longues et étroites comme le Fou de Bassan), le vol à voile pour les oiseaux qui planent sur les courants (ailes rectangulaires et souvent digitées, réduisant les turbulences, comme les vautours) et le vol battu, plus coûteux en énergie, pour les oiseaux comme les passereaux ou les canards mais utilisé par tous pour le décollage à minima et par mauvais temps. 

La plume permet également l’isolation et l’étanchéité de l’oiseau. Les tectrices protègent les plumes de vol, les plumes de contour et semi-plumes protègent de la pluie, du vent et des radiations solaires. Le duvet protège aussi bien du froid que du chaud.

Mais il existe bien d’autres rôles :

  • La reproduction : les mâles arborent des plumes très colorées pour séduire les femelles. 

  • Le camouflage pour la majorité des femelles mais aussi pour de nombreux autres oiseaux. Ou à l’inverse, des plumes très contrastées, appelée miroirs, permettant la reconnaissance des congénères en vol.

  • La confection du nid dans sa partie « douillet » avec les plumes de duvet.

  • La discrétion, notamment chez les rapaces nocturnes qui ont besoin d’un vol ultra silencieux pour approcher et capturer les proies. Ou à l’inverse, faire du bruit, comme le pigeon qui claque des ailes pour marquer son territoire.

  • L’appui, chez les pics et autres grimpereaux : les plumes de la queue (rectrices) sont ultra rigides, permettant à l’oiseau de s’appuyer dessus.

  • Une protection contre les chocs

  • Sentir, via les vibrisses et les filoplumes

  • Diriger le son et la lumière : la multitude de petites plumes formant le masque des rapaces nocturnes

  • S’échapper : l’effroi peut engendrer une grosse perte de plumes qui concourt à désorienter le prédateur.

Plusieurs changements de costumes

La mue est le remplacement de la plume.

Les oiseaux muent pour plusieurs raisons.

  • Lorsqu’ils grandissent : les juvéniles ont d’abord un plumage uniquement composé de duvet. Puis ils se munissent d’un plumage immature, isolant, imperméable mais toujours différent de celui des adultes qu’ils arborent lors d’une nouvelle mue. La plupart des oiseaux muent en une seule fois lorsqu’ils atteignent l’âge adulte mais d’autres peuvent mettre plusieurs années avant d’avoir le plumage adulte complet.

  • Lorsque vient la saison de reproduction : les mâles muent à la sortie de l’hiver pour présenter à la femelle un plumage impeccable. Cette mue prénuptiale est souvent partielle.

  • Lorsque vient la période hivernale, a lieu la mue postnuptiale, plus complète. Les oiseaux vont avoir à affronter une période plus difficile. Certains vont même entamer le long périple de la migration. Si leurs plumes sont usées, ils n’arriveront pas à bon port.

  • Lorsque les plumes sont usées (rayonnement solaire, frottements…) bien que l’oiseau prenne grand soin de son plumage, ou accidentées (prédation, maladie…) qui diminuent les performances de l’oiseau et le mettent par conséquent en danger.

Canard colvert en plumage nuptial
Canard colvert en plumage nuptial
Canard colvert en plumage inter-nuptial à droite - dit «éclipse»
Canard colvert en plumage inter-nuptial à droite - dit «éclipse»

La mue est très couteuse en énergie et de ce fait, un oiseau ne mue pas lors de la reproduction, d’un vol migratoire ou de l’hivernage. Elle se déroule en 2 étapes : la perte de la plume puis la pousse de la nouvelle. Toutes les plumes d’une même partie du corps ne tombent pas en même temps permettant à la plupart des oiseaux de continuer à voler. Les canards et les oies font cependant exception en renouvelant une grosse partie de leurs rémiges en été et se trouvant donc incapable de voler. 

Que faire de la plume trouvée ?

Il existe de très bons guides qui permettent quasi à coup sûr l’identification du porteur de plume. La collecte est une bonne aide à la connaissance ornithologique des espaces naturels. Une fois identifiée, la plume peut être archivée dans un classeur avec le lieu et la date de la découverte, le nom de l’espèce et le type de plume.

Photographies et dessins : © Claire POITOUT / MEL